Au lendemain de la dernière finale de la Coupe de la Ligue, la “France du football”, les médias et les politiques s'emportaient contre le message déployé dans le secteur “Boulogne” de la tribune parisienne, adressé à leurs homologues lensois. Impossible d'y échapper, la fameuse banderole étant devenue « affaire d'Etat », LE scandale qui devait supplanter le procès Fourniret, l'envoi de troupes en Afghanistan ou la fermeture de l'usine Arcelor... et précipiter la dissolution des Boulogne Boys.
Voilà donc une association de supporters dissoute. Une première... La loi le permettant a été votée l'année dernière et il fallait visiblement un exemple. Les BB'85 ne sont pas des enfants de c½ur et leur défense a été maladroite, et trop ambigüe. A force de servir de vitrine légale aux “indépendants”, de jouer avec le feu... La banderole a servi de prétexte à ceux qui n'attendaient que ça pour prouver au grand public qu'ils s'occupent de la supposée violence des stades. Et au-delà du cas des Boys, la menace se fait désormais sentir sur toutes les associations de supporters. Le contexte répressif n'est pas nouveau mais il est encore monté d'un cran. La liberté d'expression dans les tribunes est presque oubliée et les associations sont devenues les coupables idéales car les plus facilement identifiables. Pour preuve, les récentes convocations par la police de certains responsables du Groupe pour les fumigènes. On ne vise plus ceux qui allument les fumigènes mais directement les associations et leurs responsables. Plus facile, plus visible... D'ailleurs, dans la bouche des politiques, le terme d'“ultras” remplace peu à peu celui d'hooligans.
On le sait, la dissolution des associations n'est pas la solution, bien au contraire. Mais le grand public se laisse séduire par de la poudre aux yeux et demande des sanctions en rêvant d'un modèle anglais sans en connaître le revers de la médaille. Et tant pis si les clubs et autorités n'ont plus d'interlocuteurs dans les tribunes... Un tel raisonnement n'annonce rien de bon augure pour les supporters.
Revenons maintenant sur la banderole, et plus que sur son contenu en lui-même, sur la question de la liberté d'expression dans les tribunes. Le SW n'a jamais été adepte de ce type de messages, préférant l'action et laissant la rhétorique aux philosophes du mouvement. Mais force est de reconnaître que les invectives, verbales ou écrites, font partie de la culture et du “jeu” ultra'.
Après une semaine passée à s'offusquer, la presse (dans laquelle on ne trouve jamais une ligne sur l'ambiance des stades – ou alors en négatif- comme si les ultras n'existaient pas) découvrait le monde des supporters et leurs banderoles, qui ont presque 20 ans. Certains journalistes et rédacteurs replaçaient le message dans son contexte, tempéraient sa portée diffamatoire, et donnaient la parole aux concernés. Une goutte d'eau toutefois, face au déferlement des « experts » autoproclamés des tribunes et de l'immoralité censée y régner. Premier à faire raisonner une voix dissidente, voici l'extrait d'un article publié 3 jours après les faits, sur le site internet du magazine So Foot, par Nicolas Hourcade. Collaborateur du journal, sociologue et ancien membre des (feu) Devils Bordeaux, il connaît bien les virages et livre depuis des années des analyses pertinentes sur le sujet.
« Ces messages par banderoles interposées s'inscrivent dans une compétition entre ultras où il s'agit de trouver l'insulte ou la vanne qui fera mouche. Dans ce petit jeu, l'ironie féroce, le mauvais goût, l'outrance et la provocation sont prisés. Je ne cherche pas à minimiser la gravité de certains slogans, d'autant qu'ils vont parfois très loin dans la violence verbale. Je souligne juste qu'ils s'inscrivent dans un contexte particulier. Il ne faut absolument pas banaliser ces banderoles. Mais il ne faut pas non plus les surcharger de sens [...]
Le principal problème de ces banderoles, c'est qu'elles ne sont pas lues seulement par ceux auxquels elles sont principalement destinées, à savoir les ultras adverses. Eux en saisissent généralement le caractère humoristique. Ils considèrent que « ça fait partie du jeu » ou que « c'est du folklore ». Si certains ultras lensois ont été choqués par le message de samedi, d'autres m'ont avoué en avoir ri. [...]
Mais voilà, ces banderoles sont aussi reçues par les autres spectateurs et téléspectateurs qui, ignorant l'existence de ces joutes langagières, prennent le texte au premier degré. Dans le cas des Ch'tis, dont beaucoup considèrent qu'ils ont une mauvaise image et en souffrent, un message aussi stigmatisant est vécu comme une attaque intolérable. [...]
Prétendre qu'il y a déjà eu pire n'est pas un argument. Surtout, parce que sortir une banderole de ce type dans le contexte actuel est suicidaire. Pendant des années, le monde du football a pudiquement fermé les yeux sur les injures des supporters, sur leurs outrances verbales et même sur les actes racistes de certains d'entre eux.
Ce temps-là est révolu. [...]Désormais, le mot d'ordre est la tolérance zéro.
D'où un serrement de vis qui, selon certains ultras, va parfois trop loin. Sous prétexte de lutte contre la violence, les autorités entraveraient leurs activités de supporters, affirment-ils, et iraient jusqu'à interdire tout message critique ou ironique même s'il n'est pas injurieux. [...]
Nous devons également nous interroger sur l'incapacité de notre société à comprendre qu'il s'agissait vraisemblablement là d'une tentative d'humour, certes de très mauvais goût, certes inappropriée en de tels lieux, mais d'une tentative d'humour quand même. [...]On pourra objecter à juste titre que, dans un contexte comique, le caractère humoristique est évident alors qu'il ne l'était pas samedi au Stade de France. C'est vrai, et les auteurs de la banderole ne pouvaient l'ignorer. Mais l'image négative des occupants du Kop de Boulogne, qui ne passent habituellement pas pour de gais lurons, a joué dans l'interprétation qui en a été faite. [...]
Soyons donc conscients que, dans un autre contexte et prononcé par d'autres personnes, ce message aurait pu faire rire ceux qui aujourd'hui le dénoncent. [...] »
Les tribunes françaises n'ont pas manqué de réagir à cette dissolution avec de nombreux messages de solidarité déployés dans les stades. De notre côté, nous n'avons rien affiché. Pas de message de soutient, la rivalité et certains messages sortis à notre encontre ne s'oublient pas si facilement. D'autant plus que les Boys sont difficilement défendables, sur cette banderole et surtout sur leurs “antécédents” et leurs liaisons dangereuses avec la face noire du Kop. Il n'est cependant pas question pour nous de célébrer cette dissolution.
Comme nous, les Boys sont membres de la « Coordination Nationale des Ultras ». Certains auraient voulu une solidarité sans faille de la CNU aux côtés des Boys. Or cette coordination est avant tout un rassemblement de plusieurs groupes afin de pouvoir être plus représentatifs, de proposer des positions communes sur la question des supporters, et de défendre ce qui est défendable... Elle n'engage pas ses membres à cautionner les actes des autres participants. Libre à chacun de s'exprimer et de se positionner.
A Marseille, le CU'84 a affiché sa position lors du dernier match à domicile. Un message de soutien au mouvement Ultra face à la menace de dissolution des groupes que certains se sont empressés de réinterpréter comme un soutien à des « parisiens fachos », aiguillés en cela par des journalistes spécialistes autoproclamés de la question. Là encore, les délires de certains ont transformé le sens de la phrase des Ultras, au risque de déclencher des guerres inter-groupes. Où quand les donneurs de leçons se font pyromanes... Selon l'actualité et comment le vent tourne, ces « bien-pensants » semblent avoir besoin de se dire antiracistes, de dénoncer tout et n'importe quoi en croyant qu'ils contribuent le temps d'un instant au combat contre les injustices. Mais ce sont avant tout des opportunistes...
Quelques semaines plus tard, ce qui aurait pu être une nouvelle “affaire” faisait cette fois-ci beaucoup moins de bruit. Et pourtant...
Strasbourg-Lyon, 34ème journée, Jean-Marc Furlan, l'entraîneur strasbourgeois, traite pendant le match Grosso de « Macaroni de merde ». Après la rencontre, il déclare aux journalistes « On ne peut pas dire que l'Italien a renié ses gènes ou sa race ».
La revue “Les chahiers du foot”, sur leur site internet (cahiersdufootball.net) réagissait ainsi :
« Silence, on tourne la tête
Nul besoin de crier au scandale ou de réclamer la tête de l'entraîneur strasbourgeois, même si son amende n'est pas très honorable. Mais le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas été placé devant ses responsabilités... Après l'ampleur prise par l'affaire Ouaddou (lire «Qu'est-ce tu vois, Ouaddou, dis donc?») et par celle de la «banderole de la honte», le silence qui a suivi cette déclaration a de quoi faire siffler les oreilles. Le ch½ur des indignés, peut-être victime d'une extinction de voix, est resté inaudible. La Ligue n'a pas jugé utile de saisir sa Commission de discipline, et son président n'a pas grandiloqué sur l'incident. Aucun élu de la République n'est monté au créneau. Aucun éditorialiste n'a fait de phrases avec son courroux. Les quotas d'indignation étaient probablement dépassés après des semaines aussi intenses.
Le rappel est clair: la lutte contre le racisme et les dérives verbales dans les stades n'est qu'une affaire de communication. La répression ne touche que ceux qu'il est consensuel de réprimer, l'impunité étant accordée aux membres de la «famille». Il n'y aura eu personne pour défendre les Boulogne Boys, et personne n'aura eu besoin de défendre Jean-Marc Furlan. Toute déclaration nauséabonde de moins de vingt mètres de long ou qui n'est pas susceptible de faire l'ouverture du 20 heures n'est pas condamnable, ni sanctionnable.
Allons, oublions cette navrante petite incartade, regardons ailleurs en baignant dans ce mélange d'hypocrisie et de déresponsabilisation qui conserve leur teint frais aux dirigeants du football français. »
Tout est dit... Pas besoin d'analyse ADN cette fois-ci et pourtant personne, ou presque, ne s'est indigné des propos de Furlan. Que les racistes convaincus se rassurent, l'anti-racisme de ceux qui criaient au scandale face à la banderole parisienne connaît de très larges limites. Le bal des hypocrites affiche déjà complet...